Recherche de composition
Ludovic Sauvage — 24 février 2001
Les esquisses sont essentielles pour obtenir une œuvre aboutie et réfléchie. On ne peut pas espérer se lancer sans réflexion préalable, sans brouillon, et obtenir quelque chose de pleinement satisfaisant. L’esquisse permet de faire des recherches, de tester des idées, de cheminer beaucoup plus vite et à moindre frais.
Il s’agit ici de préparer la réalisation d’une toile dont le sujet est la rencontre entre le figuratif et le signe : l’homme, qui n’a pas de sens propre, et le pictogramme, qui est sens pur. Mélange de l’abstrait signifiant et du palpable insensé — une recherche dont les cheminements, philosophiques ou plastiques, sont nombreux.
Les « ingrédients »
La recherche débute par la rencontre entre un croquis de modèle vivant réalisé à l’encre de Chine sur calque, et un pictogramme de recyclage pris sur un carton, suite à une première toile réalisée.
Tout le monde, du moins dans notre monde dit développé, sait ce que signifie ce pictogramme. On peut aussi détourner son usage sans lui donner de sens particulier, pour sa beauté graphique pure. Le résidu de sens qui subsistera sera-t-il très gênant ?
Par ailleurs, d’autres recherches portaient sur des flèches utilisables dans cette œuvre.
Ce croquis, pour beaucoup, semble illustrer la mort car la pose fait référence à un gisant. Mais telle qu’elle est, elle ne le signifie pas. La composition est encore inadaptée.
Esquisses à l’aquarelle
Voici les premières esquisses réalisées à l’aquarelle. Elles mesurent une quinzaine de centimètres de largeur. Elles illustrent ce travail de recherche de composition et de sens.
Pas facile, n’est-ce pas ? La première reprend un thème présent dans la première peinture de la série, le passage protégé ; le rouge en est aussi tiré. En revanche le recyclé est focalisé sur le sexe, ce qui choquera certainement et amène une connotation non désirée.
Celle du dessous, si elle semble mieux composée, ne propose plus de recyclage. Le poids de la flèche est écrasant. Le vert est mauvais. Celle d’en bas à droite est peut-être la préférée de la série, celle au-dessus étant trop anecdotique.
Ces esquisses ne satisfont pas pleinement, mais le travail sur l’idée et la forme est en cours. En une heure, c’est comme si l’on avait réalisé quatre toiles. Le cheminement se fait. Abandon du passage protégé pour le moment.
La recherche suit son cours et cela s’améliore. Et pourquoi ne pas mettre le nu debout, recyclé ou en cours de recyclage ?
Conclusion
À ce stade le travail est encore en cours et la réflexion conduit à remettre en cause le modèle lui-même. Peut-être un modèle s’inscrivant dans le recyclé ? Ou l’abandon pur et simple du pictogramme complet ?
Toutes ces esquisses auraient pu donner lieu à des toiles ou des séries de toiles, mais la recherche n’est pas encore aboutie et cela aurait représenté un certain gâchis de réflexion, sinon de temps et d’argent.
Si comme moi vous essayez de faire cet effort d’esquisse et de recherche, vous verrez que votre travail avancera plus vite même si la démarche est difficile. La suite du cheminement dans un prochain article — et peut-être un jour la réalisation et la toile à l’issue ? Car il se peut que jamais je ne réalise de toile suite à cette recherche.
Texte et images : Ludovic Sauvage, 2001.