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Réduire les embus à la peinture à l’huile

L’embus est une zone mate dans une peinture brillante ou satinée par suite d’un déplacement irrégulier de l’huile. Cette différence de brillance vient de l’absorption de l’huile par les sous-couches. Selon ce que l’on peint, l’embus n’est pas toujours très gênant, mais il est utile de comprendre d’où il vient et comment s’en affranchir.

La réduction des embus est une difficulté majeure de la peinture à l’huile de facture classique. Il convient d’éviter certains pigments, et de bien respecter la règle gras sur maigre. Il faut un support convenablement enduit et utiliser des médiums adaptés. La source principale d’informations citée ici est le livre de Xavier de Langlais, La technique de la peinture à l’huile, référence de « technique artisanale » s’appuyant sur le savoir-faire des anciens.

Éviter certains pigments

Ce qui provoque l’embus, c’est l’excessive différence de temps de séchage entre les couches, qui favorise la migration de l’huile. Certains pigments (oxyde de cobalt ou de manganèse) sèchent très vite, ce qui induit des différences de brillance dans les zones où on les emploie. La terre de Sienne naturelle ou brûlée serait source d’embus car très absorbante. Un bon médium chargé en résine limite ce problème, et il semble difficile de se passer de cette terre.

Peindre sur un support absorbant

Exemple de recette absorbante à la colle de peau et au blanc d’Espagne ou blanc de Meudon :

Panneau lisse (bois — MDF ou contreplaqué —, isorel, ou toile fine marouflée sur une toile plus forte).

Enduit : 1 couche de colle de peaux (10 g + eau 100 g) + 2 couches idem + blanc d’Espagne 30 g et blanc Lithopone 10 g.

L’absorption permet à la peinture de bien accrocher et aux premières couches de s’enraciner et de se dégraisser dans le support. On peut alors d’autant plus facilement respecter la règle du gras sur maigre.

Gras sur maigre

C’est la règle fondamentale qui évite les embus et les craquelures. Gras signifie contenir plus d’huile et de résine.

Lorsqu’une couche contient beaucoup d’huile, son temps de séchage est long, car l’huile met plusieurs jours à s’oxyder. Si on recouvre cette couche non oxydée par une couche plus maigre, le séchage de cette couche sera si rapide que la couche grasse sera isolée et ne pourra plus sécher convenablement. En outre la couche maigre aspirera une partie de l’huile de la couche du dessous, ce qui provoquera une remontée capillaire et un voile qui ternira la couche supérieure.

Lorsque l’on peint, l’essence contenue dans le médium s’évapore : le médium se graisse donc progressivement ; il faut l’avoir présent à l’esprit.

Le médium

Diluant concentré : mélanger après les avoir fait tiédir au bain-marie dans de l’eau chaude, ou au soleil, loin du feu !

Diluant moyen : mélanger le diluant concentré avec 1/2 d’essence de thérébenthine ordinaire. On ajoutera ce diluant moyen à la couleur à raison de 10 gouttes max / noix de peinture, en malaxant au couteau.

Siccatif

Le siccatif, qui a pour fonction d’accélérer le séchage, sera réservé aux couleurs les moins siccatives de la palette, le noir par exemple : 2 ou 3 gouttes de siccatif de Courtrai.

Exécution

Ébaucher en demi-pâte très légère. Ne pas exagérer sur le médium car la thérébenthine de Venise employée en doses excessives ne sèche plus. On peut alterner les couches légères car c’est immédiatement par le fond que la couleur commence à prendre, pour rester très longtemps dans un état où le travail est possible.

Bien laisser sécher entre deux couches

Lorsque l’on repasse sur une zone insuffisamment oxydée, mais qui a déjà commencé à s’oxyder, on s’expose à la fabrication d’embus. Si l’on veut éviter tout problème, on laissera sécher au moins deux semaines avant de la reprendre, même si elle a été exécutée légèrement. On utilise en guise de vernis à retoucher le mélange suivant (étendu en couche très mince à l’aide d’un pinceau large et doux en soie de porc) : diluant concentré à la thérébenthine de Venise 3 volumes + essence de thérébenthine ordinaire 7 volumes.

Reprise

Après passage d’une couche de vernis à retoucher décrit ci-dessus, procéder par couches successives, peu couvrantes, et n’empâter que progressivement, en réservant pour les dernières heures de travail les pâtes généreuses. Xavier de Langlais termine ainsi : « En appliquant ces règles, tu éviteras absolument les embus. »

En savoir plus

Suite : la réalisation d’un glacis